L’Amérique dans le Monde

Sylvain Siclier dans le Monde du 7 Septembre

« Sur le mur blanc de L’Atelier du plateau, petite salle au-dessus du parc des Buttes-Chaumont, dans le dix-neuvième arrondissement parisien, est projetée l’image du haut d’un poteau électrique. Dans l’ombre, la silhouette du violoncelliste Vincent Courtois, sur une chaise. A ses pieds, allongé, le comédien Pierre Baux. On perçoit une note, un son, comme un grincement qui flotte. « Il ne restait plus que cette solution… », annonce Pierre Baux. C’est ainsi que débute la nouvelle Jerry and Molly and Sam, tirée du recueil Will You Please Be Quiet, Please ? (Tais-toi je t’en prie) publiée aux Etats-Unis en 1976. L’un des deux textes de Raymond Carver(1938-1988) choisis pour la première soirée, mardi 6 septembre, de L’Amérique,présenté dans le cadre du festival Jazz à La Villette.

Un spectacle intense, prenant, qui se développe dans la lenteur en étant bourré d’une violente énergie. La « solution », pour le narrateur c’est d’aller perdre sa chienne, dont l’arrivée a coïncidé avec un paquet d’ennuis : les licenciements dont il pourrait être victime, une aventure avec une femme, son épouse qui ne supporte plus ses absences, les gosses qui lui donnent mal à la tête, des envies de suicide… La voix de Pierre Baux accompagne les crises d’humeur, le désespoir, les interrogations. Au violoncelle, Courtois utilise toutes les techniques, jeu d’archet mélodique, frottements, pincement des cordes, frappes…

Au mur, le cadre a changé. Le poteau est plus grand, par un effet de recul le haut des arbres apparaît, un bâtiment ocre prend de l’importance. On voit une rue mouillée, un homme au milieu, une voiture, d’autres bâtiments. On va ainsi se déplacer dans une photographie agrandie de Gregory Crewdson, où, comme dans les tableaux d’Edward Hopper le temps se fige.

Un intermède, évocation de la notion d’espace dans le paysage mais aussi du mode de vie aux Etats-Unis, et c’est la seconde nouvelle de Carver, So Much Water So Close to Home (Tant d’eau si près de la maison) tirée de What We Talk About When We Talk About Love (Parlez-moi d’amour), recueil datant de 1981. Cette fois, c’est une narratrice. Effrayée que son mari puisse avoir été le témoin indifférent d’un crime, puis le soupçonnant d’en avoir été l’auteur.

On ressort de ce doublé un peu sonné. Par la force de ces histoires simples et crues, la vie que Baux et Courtois leur donnent, cette dérive au coeur d’une image. Un ajout de petits riens qui a la force d’un grand spectacle. »

L’Amérique, d’après Raymond Carver, avec Pierre Baux et Vincent Courtois.L’Atelier du plateau, 5, rue du Plateau, Paris 19e. Mo Buttes-Chaumont. Tél. 01-42-41-28-22. Jusqu’au 11 septembre. A 20 heures ; dimanche 11, à 17 heures. De 10 € à 12 €.

Prolongations  les 15, 16 et 17 Septembre

 

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