L’imprévu

 Vincent Courtois: violoncelle

Extraits: Sensuel et perdul’imprévu
revue presse l’imprevu
Renonçant provisoirement aux plaisirs de l’échange et de l’interaction entre musiciens  complices, le violoncelliste Vincent Courtois aborde cet exercice de style souvent ingrat, l’autoportrait, dans le passage  difficile mais inévitable du solo. Est-il arrivé à ce tournant d’une existence musicale, cette plénitude qui demande ce tour de force ? Avec cet« Imprévu », Vincent Courtois sort vainqueur de l’affrontement, unique et singulier prétendant de cette union avec lui même ou son instrument : tout « contre-contre », il étoffe le registre des graves, créant un instrument puissant, hybride, au souffle profond et chaud, doublant le violon, proche de la contrebasse dans « No smoking ». Courtois expose son âme en explorant son violoncelle et ses possibilités ; sa démarche l’a régulièrement entraîné ailleurs depuis vingt ans, dans tous les registres et les styles et il a aimé se frotter à  d’autres genres et techniques, de la tentation électronique aux musiques traditionnelles, sans oublier le contemporain. La durée des douze petites pièces est des plus raisonnables, environ 40’, le répertoire est de Courtois à l’exception d’une composition de l’ami Louis Sclavis « La visite ».
L’imprévu aurait pu s’appeler également l’impromptu dans la pure tradition baroque avec cette élégance et ce raffinement de la production jusque dans le choix classieux d’une photo de Louis Stettner Central Park 1997, à l’image du noir et blanc de « L’année dernière à Marienbad » de Resnais. On retrouve les thèmes de prédilection du violoncelliste, un sens exacerbé du son, la recherche du grain sonore, le goût de l’incertitude et du silence, cet exact équilibre entre espace et son, ce travail sur le temps que l’on tente d’étirer. Ses solos racontent une histoire, l’instrument devient un instrument qui sonne comme une guitare quand il s‘agit d’un blues « Alone with G »,  qui frémit dans cette « Amnésique tarentelle», course immobile d’une inquiétante d’étrangeté. Une poursuite sans les envolées orchestrales d’un Bernard Herrmann avec seulement quatre cordes pour toute monture. Comme si le violoncelliste éprouvait l’ obsession de cet « en avant », fuite de la réalité, emporté par le sens de la musique sur un cycle répétitif comme dans « Seven skins ». Dans une telle expérience des limites, le travail d’enregistrement est évidemment primordial : s’il est devenu coutumier de lire les éloges (mérités mais inévitables) sur la qualité de l’enregistrement de la Buissonne, comment ne pas tirer son chapeau, cette fois encore, à la mise en onde de Gérard de Haro, assisté de Nicolas Baillard ? S’il ne s’agit pas de l’art du violoncelle en douze leçons, on a affaire à un travail d’orfèvre et à une leçon de son. Singulier pluriel, le violoncelle exulte et n’a jamais aussi bien résonné. Une invitation fascinante à suivre un « cello » raisonné qui nous invite à un voyage en chambre d’écho, au cœur du studio. (Sophie Chambon)
Abandoning for a while the pleasure of interaction and exchange, Vincent Courtois performs that often perilous exercise, the auto-portrait, with a solo album. In l’Imprévu, Courtois demonstrates exceptional oneness with his instrument: he expands the bass range, invents a powerful, hybrid instrument with a deep, warm breath, doubling the violin, close to the double bass in “No Smoking”.  Delving into his cello and its possibilities, Courtois exposes his soul. For twenty years, from electronic temptation to traditional music to contemporary composition, his approach has regularly investigated different styles, genres and techniques. The length of these twelve small pieces is very reasonable, about 40’. Apart from “La Visite”, composed by his friend Louis Sclavis, the repertoire is totally Courtois.
All the way to its elegant production and tasteful cover (a black and white photo by Louis Stettner Central Park 1997, reminiscent of Last Year at Marienbad by Resnais), L’imprévu (The Unforeseen) could have been named The Impromptu, in the baroque tradition. The album relishes in the cellist’s favourite themes: an exacerbated sense of sound and the search for its grain, a taste for uncertainty and silence, the precise balance between space and sound, an aspiration to stretch time. Each solo tells a story. Courtois’ cello screams like a guitar in the blues “Alone with G” then quivers weirdly, disturbingly, with “Amnésique tarentelle”. Evocative of a pursuit but without the orchestral soaring of a Bernard Herrmann; just four cords to fight the race backwards. Perhaps the cellist is obsessed by its fuite en avant, an escape from reality, carried away by the music’s rush through a repetitive cycle as in “Seven skins”. When experimenting with limits, the recording is primordial of course. We have grown accustomed to reading about the quality of La Buissonne Studio but again, let us applaud Gérard de Haro, assisted by Nicolas Baillard. This is a work of art. Singular, plural, the cello elates – has it ever resonated quite so beautifully? A fascinating invitation to follow an “intelligent cello” into the echo space, the heart of a studio. (Sophie Chambon)
photographie Louis Stettner

 

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