©Vincent Courtois

Oakland

NOUVELLE CRÉATION / JANVIER 2020

Vincent Courtois : violoncelle
Robin Fincker & Daniel Erdmann : saxophone ténor
Pierre Baux : voix et adaptation
John Greaves : voix
Thomas Costberg : création lumière
Et le film « Martin Eden » (1914) de Hobart Bosworth

J’ai découvert  Jack London assez tard, en automne 2016 : d’abord, les Chroniques des mers du Sud puis l’initiatique et incontournable Martin Eden. L’oeuvre dense et souvent autobiographique de cet écrivain américain, si riche et si puissante, n’a alors cessé de me suivre, d’accompagner mon quotidien, mes voyages et donc la musique que je joue. C’est bien là, j’imagine, la véritable force de Jack London : une sensible et intime faculté d’avec ses vies de rencontrer la nôtre, de devenir cet ami, cet ancêtre éloigné, ce frangin, ce camarade de qui chaque jour on attend de nouveaux récits. Love of lifeThe road, To build a fire, The sea wolf, The dream of debs, Goliah, ou The south of slot, autant de nouvelles, romans et recueils qui ont inspiré directement un nouveau répertoire pour célébrer le septième anniversaire de mon trio, lui  offrant le plaisir à son tour de partager et de raconter.
Vincent Courtois

Jack London confia à Hobart Bosworth l’exclusivité de toutes les adaptations de ses livres sur grand écran. Dans Martin Eden, Lawrence Peyton interprète le rôle-titre et Viola Barry celui de Ruth Morse. Sur les six bobines que comportait le film, il n’en subsiste plus que quatre, restaurées par le Library of Congress.
« Son cerveau se mit à tourner comme une vertigineuse roue de loterie, un manège de chevaux de bois, une sphère à facettes lumineuses. Cela tournait de plus en plus vite et, bientôt aspiré par le tourbillon de sa mémoire, il s’enfonça dans les ténèbres. (p. 239) » Adapter Martin Eden pour la scène, c’est rendre compte de cette pensée en mouvement perpétuel. Être à la hauteur de ce tourbillon. C’est le film inachevé d’Hobart Bosworth qui prendra en charge la narration et qui guidera nos choix de textes. C’est une composition à trois éléments : musique, image, texte. Une composition dont le but est de suivre le parcours de Martin Eden. Des arrêts sur images nous permettrons de percer ce cerveau, tantôt foisonnant d’idées, de poèmes, de philosophie, de beauté et tantôt « grouillant d’asticots » anéantis par le travail dans l’enfer de la blanchisserie, par exemple. Dans un premier temps nous constituerons un réservoir de textes choisis parmi les plus emblématiques, les plus cruciaux, les plus politiques : la première rencontre avec Ruth, la première fois à la bibliothèque, la décision d’écrire, l‘aliénation par le travail… Puis au gré des répétitions, c’est la rythmique du spectacle qui guidera nos choix. Les images, la musique et le texte au service de l’histoire et des pensées de Martin.Lors d’un rendez-vous avec Ruth (p. 139, version Libretto), London écrit à propos de Martin : « Deux douleurs se mêlaient : le mal sourd de la déception et la vive morsure de l’amour »Attirance et répulsion, échec d’une victoire ou victoire d’un échec, entre ces deux tensions extrêmes, il est un gouffre dans lequel Martin sombrera consciencieusement. C’est cette tension continue dans le cerveau en ébullition de Martin Eden que nous voulons faire entendre. Parce que cette complexité est humaine. Profondément humaine.

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